Un an plus tôt – 20 Août 2008 -
Il faisait chaud, trop chaud. Le soleil tapait fort, trop fort. Mais je continuais tout de même de marcher. Mes mains étaient moites, ma légère robe de coton blanc me collait à la peau et de longues mèches qui s'échappaient de mon chignon s'étaient collées à ma nuque.
Je rêvais de me plonger dans l'eau cristalline qui s'étendait devant moi, mais je n'étais pas encore arrivée. Arrivée où ? Là où tu seras. Enfin je l'espère. Tu es tellement imprévisible. Peut-être ne seras-tu pas là. C'est même fort probable, avec la chaleur qu'il fait tu auras sûrement trouvé que marcher était trop fatiguant et tu seras resté dans ton canapé au frais. Bien sûr je suis au courant de tout ça pourtant à chaque fois je viens quand même. C'est un peu une drogue. Des moments tellement rares mais tellement précieux. Je sais que ça me détruit, que tu me détruits, mais je n'y peux rien. Je suis dépendante de ces deux malheureuses heures que tu m'accordes chaque semaine. Naturellement je sais qu'un jour tout cela prendra fin. Un de nous deux choisira de mettre un terme à ce supplice. Chaque fois que je veux le faire, me libérer de ton emprise, tu sembles lire dans mes pensées et tu m'en empêches. Mais je commence à toucher le bout. Ma résistance ne tiendra pas longtemps encore. Je suis de plus en plus fatiguée de ce jeu entre nous. Jeu dangereux. Chacune de nos rencontres accentuent la difficulté du jeu.
Ne surtout pas s'attacher. C'était la première règle. La semaine suivante tu m'as regardé avec ton sourire irrésistible en tirant légèrement la langue tu m'as simplement dis : « Tu as perdue ! ». Mais je le savais déjà, j'avais envie de te crier que toi aussi tu avais perdu pour te faire quitter ton petit air arrogant mais ce n'était pas vrai, et ce ne l'est toujours pas. Tu ne t'es pas attaché à moi. Pour toi c'est seulement un jeu, un défis. Je ne sais pas ce que je fais dans cette misérable mascarade mais je sais que je suis prise au piège.
J'avance de plus en plus difficilement, les ronces s'accrochent à mes jambes, me griffant. Les branches me ralentissent. Mais je touche au but. Je m'approche irrémédiablement de toi, enfin je l'espère.
Je pousse la dernière branche et je vois cette petite crique inconnue du grand publique. Le sable y est blanc et fin. L'eau est turquoise. Un vrai paradis. Une oasis.
Je jette un coup d'½il à la ronde, mais je ne vois personne. Tu n'es pas là. Je ne suis même pas surprise, juste déçue. Tu ne changeras jamais, pour personne.
Fatiguée je me laisse tomber sur le sable. Au contact de mon corps, des millions de particules s'envolent autour de moi. Je ferme lentement les yeux mais le soleil m'irradie encore de ses rayons. Je me relève, je me dirige vers la mer. J'avance lentement.
L'eau m'arrive maintenant à la taille. Ma robe flotte autour de mon corps. Je n'ai aucune envie de rentrer. Je suis bien ici, tout me parait beau, paisible. Pourtant je sais que bientôt je devrais retourner dans le monde réel. Mais je ne le veux pas. Je ne peux pas y aller sans avoir eu ma dose hebdomadaire de bonheur, d'innocence. Tu me fais quitter ma réalité pour quelques heures, qui me semblent être des minutes, pourtant je ne te l'ai pas demandé. Tu l'as fait de toi-même. Tu as eu pitié de moi, je le sais, mais je fais comme si tu jouais bien ton rôle. Tu veux devenir acteur. Peut-être que tu t'entraînes avec moi. Je fais probablement le cobaye.
A cette pensée, je me sens encore plus triste. Une unique larme dévale ma joue. Ce sera pour toujours.
L'eau m'arrive maintenant sous la poitrine, elle est fraiche. Mon corps se refroidi. Je vois les coquillages sur le fond. J'entends le clapotis des vagues. J'inhale le sel marin. Je sens deux mains se poser sur mes hanches.
Ta bouche vient se poser près de mon oreille : « Tu m'as attendu ? »